Le décibel (dB) compare deux grandeurs sur une échelle logarithmique. Il n'a de sens qu'avec une référence : une pression de 20 µPa pour le dB SPL, une puissance acoustique d'un picowatt pour le dB PWL, un watt électrique pour le dBW. L'échelle logarithmique tient en 120 dB un rapport de pression d'un à un million, et elle suit la façon dont l'oreille classe les niveaux.
Le SPL (Sound Pressure Level, niveau de pression acoustique) décrit la pression de l'onde en un point : il dépend de la distance à la source, de sa directivité et de la salle. Il se mesure au sonomètre, et c'est lui que le décret du 7 août 2017 encadre, en dB(A) et en dB(C). Le dB PWL (niveau de puissance acoustique) décrit l'énergie totale qu'une source rayonne dans toutes les directions : c'est une propriété de la source, qui figure rarement sur une fiche technique.
Entre les deux, la sensibilité d'une enceinte (dB SPL pour 1 W à 1 m) relie la puissance électrique appliquée au niveau obtenu, et la loi du carré inverse retire, en champ libre, 6 dB à chaque doublement de la distance. Deux enceintes de même puissance électrique produisent des SPL différents selon leur sensibilité, leur directivité et leur place dans la salle. Le dimensionnement part du niveau visé aux positions d'écoute et remonte vers la puissance.
Une échelle logarithmique et une référence
Quand un client demande combien de décibels un système produit, la question appelle une précision. Le décibel met en regard deux grandeurs de même nature : deux puissances électriques, deux tensions, deux pressions acoustiques, deux puissances acoustiques. Sans référence, un nombre de décibels ne décrit rien. Avec une référence, il devient un niveau : dB SPL, dB PWL, dBW, dBu.
L'échelle logarithmique a deux justifications. La première est pratique : entre le seuil d'audition et le seuil de douleur, la pression acoustique est multipliée par un million. Le logarithme ramène cet écart à 120 dB. La seconde est perceptive : l'oreille classe les niveaux selon une progression proche du logarithme. Dans le médium et aux niveaux d'écoute courants, une hausse de 10 dB est perçue comme un doublement du volume, alors qu'elle correspond à dix fois la puissance acoustique ; dans le grave, à bas niveau, il en faut moins.
L'unité tire son nom d'Alexander Graham Bell. Le bel est le logarithme décimal d'un rapport de puissances ; le décibel en vaut un dixième, et c'est lui qui correspond aux écarts que l'on manipule : 3 dB, 6 dB, 10 dB.
Deux formules, pour les puissances et pour les pressions
Pour comparer deux puissances P₁ et P₂ : dB = 10 × log(P₁ / P₂). Doubler la puissance ajoute 3 dB. La multiplier par dix ajoute 10 dB.
Pour comparer deux pressions ou deux tensions p₁ et p₂ : dB = 20 × log(p₁ / p₂). Doubler la pression ajoute 6 dB. La multiplier par dix ajoute 20 dB.
Le facteur 2 vient de la physique : la puissance est proportionnelle au carré de la pression, comme au carré de la tension. Doubler la pression quadruple la puissance, et 10 × log(4) vaut 6 dB. Les deux formules décrivent le même phénomène à partir de deux grandeurs différentes. Les confondre double ou divise par deux l'écart calculé. Les deux formules se retrouvent quand deux enceintes identiques jouent ensemble : en moyenne sur la salle, leurs puissances s'ajoutent, soit 3 dB de plus. Là où leurs ondes arrivent en phase, leurs pressions s'ajoutent, soit 6 dB. En opposition, elles s'annulent.
Le SPL, une pression en un point
Le niveau de pression acoustique (Sound Pressure Level) est la grandeur la plus utilisée en sonorisation. Il exprime la pression de l'onde en un point donné, par rapport à une référence de 20 µPa (0,00002 Pa), proche du seuil d'audition d'une oreille jeune à 1 kHz, qui se situe vers 2 dB SPL. Dans sa zone la plus sensible, entre 3 et 4 kHz, l'oreille perçoit des sons un peu en dessous de 0 dB SPL.
dB SPL = 20 × log(p / 0,00002)
Le seuil de douleur se situe entre 120 et 130 dB SPL à 1 kHz, et la plupart des auditeurs sont déjà gênés au-delà de 120 dB SPL. Tous les niveaux d'exploitation d'un lieu se situent entre ces deux bornes.
Le SPL se mesure en temps réel avec un sonomètre, à l'endroit où se trouve l'auditeur. C'est la grandeur sur laquelle se fait le calage, c'est-à-dire le réglage du système à la mesure dans la salle finie, sur laquelle la conformité d'un établissement se vérifie, et qui fait apparaître les zones sous-couvertes.
Pondérations A, C et Z : dB(A) et dB(C)
L'oreille n'est pas également sensible à toutes les fréquences. Les courbes d'égale sonie montrent une sensibilité maximale entre 3 et 4 kHz, à la résonance du conduit auditif, et une sensibilité bien moindre dans le grave, surtout à bas niveau. Les sonomètres appliquent des filtres de pondération qui reproduisent cet écart.
La pondération A, notée dB(A), a été dérivée de la courbe d'égale sonie de 40 phones, celle des bas niveaux (le phone mesure un niveau perçu : un son de 40 phones paraît aussi fort qu'un son de 1 kHz à 40 dB SPL) : elle atténue le grave de 30 dB à 50 Hz par rapport à 1 kHz. Les courbes normalisées actuelles sont plus creuses : à 40 phones, l'oreille demande 38 dB de plus à 50 Hz qu'à 1 kHz. La pondération A reste une approximation. La plupart des réglementations d'exposition l'emploient, y compris pour des niveaux élevés. La pondération C est presque plate dans le grave : elle sert à caractériser les niveaux élevés et la transmission des basses fréquences vers le voisinage. La pondération Z n'applique aucune correction.
Parce que la pondération A sous-pondère fortement le grave, un même programme se lit plus haut en dB(C) qu'en dB(A), et l'écart grandit avec la part de basses : environ 3 dB pour une musique d'ambiance, 14 dB pour une programmation house, 20 dB pour les programmes les plus chargés en basses. C'est pourquoi le décret de 2017, détaillé plus bas, fixe une limite dans chacune des deux pondérations.
Le dB PWL, puissance rayonnée par la source
Le niveau de puissance acoustique (dB PWL, Power Level) exprime l'énergie totale qu'une source rayonne dans toutes les directions, par rapport à un picowatt (10⁻¹² W).
dB PWL = 10 × log(W / 10⁻¹²)
La distinction avec le SPL tient à la nature de la grandeur. Le dB PWL décrit la source, indépendamment de l'environnement. Le dB SPL décrit un point de l'espace, et dépend de la distance, de la directivité et de l'acoustique du lieu. Une même enceinte a un seul PWL et autant de SPL qu'il y a de positions dans la salle.
L'écart entre puissance électrique et puissance acoustique est grand. Une enceinte à haut-parleur à cône alimentée avec 100 W électriques rayonne de 1 à 3 W acoustiques : son rendement est de 1 à 3 %. Seuls les pavillons dépassent 10 %, dans leur bande. Avec 2 W rayonnés, la source atteint environ 123 dB PWL ; le reste, 98 W, se dissipe en chaleur, pour l'essentiel dans la bobine.
Le dB PWL intervient dans les calculs d'acoustique des salles, dans la comparaison du rendement de deux enceintes, et dans les études d'impact lorsqu'il faut estimer les niveaux rayonnés vers l'extérieur. Il figure rarement sur une fiche technique.
La sensibilité, lien entre puissance électrique et SPL
Une fiche technique d'enceinte professionnelle donne une sensibilité, en dB SPL pour 1 W à 1 m, ou pour 2,83 V à 1 m, ce qui revient au même sous 8 Ω. Sur une enceinte de 4 Ω, 2,83 V font 2 W, et la sensibilité affichée gagne 3 dB. Cette valeur relie la puissance électrique appliquée au SPL obtenu à la distance et dans l'axe de référence.
Une enceinte de 96 dB (1 W, 1 m) produit 106 dB SPL avec 10 W et 116 dB SPL avec 100 W, à froid et tant qu'elle reste sous sa puissance admissible. À pleine puissance continue, la bobine chauffe et la compression thermique retire quelques décibels à ce calcul. Le « SPL max » des fiches techniques appelle la même prudence : il peut être calculé ou mesuré, donné en crête ou en continu, avec un signal qui n'est pas toujours précisé, et ramené à 1 m. Deux valeurs ne se comparent qu'à conditions égales.
La distance intervient ensuite selon la loi du carré inverse : en champ libre, le SPL baisse de 6 dB à chaque doublement de la distance. À 2 m d'une enceinte qui donne 96 dB SPL à 1 m, on mesure 90 dB ; à 4 m, 84 dB. Cette perte explique pourquoi plusieurs sources proches du public donnent un niveau plus régulier qu'une seule source éloignée. L'écart de niveau entre deux auditeurs dépend du rapport de leurs distances, pas de leur différence : 20 × log(r₂ / r₁). Entre 1 et 2 m, un mètre d'écart coûte 6 dB ; entre 10 et 12 m, deux mètres n'en coûtent que 1,6. Avec plusieurs sources, le rapport entre la distance de l'auditeur le plus éloigné et celle du plus proche reste petit pour chacune, et l'écart de niveau avec lui.
Ce que cela change pour un lieu
Régularité du niveau. Dans une salle de restaurant ou un bar, l'écart de SPL entre la table la plus proche d'une enceinte et la plus éloignée décide du confort. Un système se conçoit pour une variance faible sur toute la surface utile, à une tolérance fixée dans l'étude, ce qui engage la directivité des sources, leur position et parfois un delay, le retard appliqué à une sortie, pour aligner les enceintes d'appoint.
Protection du matériel. Ce qui détruit le moteur d'un pavillon d'aigu ou un tweeter, c'est la chaleur d'une puissance moyenne trop élevée, souvent après un écrêtage en amont qui y renvoie des harmoniques, et l'excursion sous sa fréquence de coupure. Le limiteur de protection, dans l'amplificateur ou le processeur, se règle en valeur efficace et en crête sur la tenue des haut-parleurs : il retient les surcharges accidentelles, un soir de DJ par exemple, sans intervenir en service normal.
Exposition. Le code du travail déclenche ses premières obligations à 80 dB(A) sur huit heures d'exposition quotidienne : l'employeur met des protections auditives à disposition. À 85 dB(A), la valeur d'action supérieure, leur port devient obligatoire et l'employeur y veille ; la valeur limite, 87 dB(A), ne doit pas être dépassée, protections portées. Au bar d'un club, le personnel franchit 85 dB(A) sur la journée. Ces seuils suivent la règle d'égale énergie : ce qui compte est la dose reçue, et chaque hausse de 3 dB divise par deux la durée admissible. Huit heures à 80 dB(A) équivalent ainsi à quatre heures à 83 dB(A), ou à deux heures à 86 dB(A). Le niveau de calage d'un lieu se choisit pour l'usage, avec ces durées en tête pour le personnel.
Conformité. Le décret du 7 août 2017 applique la même règle au public. Il concerne les lieux qui diffusent des sons amplifiés au-delà de l'équivalent de 80 dB(A) sur huit heures, et leur demande des zones de repos auditif, où le niveau redescend sous ce seuil. Il fixe deux valeurs, en niveau continu équivalent sur quinze minutes et en tout point accessible au public : 102 dB(A) et 118 dB(C). La seconde existe parce que la première sous-pondère fortement le grave : un lieu chargé en basses peut respecter 102 dB(A) et dépasser 118 dB(C). Les deux valeurs sont séparées de 16 dB ; pour un programme dont l'écart entre les deux lectures dépasse 16 dB, c'est la limite en dB(C) qui s'applique la première. Le décret impose aussi d'enregistrer et d'afficher les niveaux en continu dans les discothèques et dans les lieux de plus de 300 personnes, et l'étude de l'impact des nuisances sonores (EINS) peut prescrire un limiteur de pression acoustique. Cet appareil réglementaire, distinct du limiteur de protection, mesure un SPL pondéré sur une durée, à un endroit : son réglage dépend de la relation entre ce point et le reste de la salle. S'il ne lit que le dB(A), il ne voit presque pas les caissons de basses : les couper ou les pousser change à peine sa lecture. Il se règle aussi sur la valeur en dB(C).
Trois grandeurs et une loi
Un nombre de décibels ne dit rien sans sa référence. Ce que décrit chaque niveau, et ce que la distance lui retire :
| Grandeur | Unité | Référence | Ce qu'elle décrit |
|---|---|---|---|
| Niveau de pression acoustique (SPL) | dB SPL | 20 µPa | La pression de l'onde en un point ; elle dépend de la distance, de la directivité et de la salle. |
| Niveau de puissance acoustique (PWL) | dB PWL | 1 picowatt (10⁻¹² W) | L'énergie totale que la source rayonne dans toutes les directions ; une seule valeur par source. |
| Sensibilité | dB SPL à 1 m | 1 W, ou 2,83 V | Le niveau obtenu dans l'axe pour une puissance électrique donnée : le lien entre l'amplificateur et le SPL. |
| Loi du carré inverse (une loi, pas une grandeur) | −6 dB par doublement de distance | Champ libre | Ce que la distance retire au SPL ; l'écart entre deux auditeurs dépend du rapport de leurs distances. |
Avec ces trois grandeurs et cette loi, une fiche technique se lit, un niveau se calcule à une position donnée, et une enceinte supplémentaire se place là où le calcul la demande.
Sources : Gary Davis et Ralph Jones, « Yamaha Sound Reinforcement Handbook ». Bob McCarthy, « Sound Systems: Design and Optimization ». Décret n° 2017-1244 du 7 août 2017 relatif à la prévention des risques liés aux bruits et aux sons amplifiés. Code du travail. CidB, « Guide d'accompagnement de la réglementation relative aux sons amplifiés ». ISO 226:2023. Merlijn van Veen, Roger Schwenke et Bob McCarthy, « Designing sound system in-band headroom based on expected difference between C- and A-weighted levels », AES.